top of page

Dimanche un jour pas comme les autres

  • Photo du rédacteur: Colin Pharah Djine
    Colin Pharah Djine
  • 3 juin
  • 2 min de lecture

Partout dans le monde, le dimanche est le jour du repos et de la messe. Mais en Haïti, le dimanche est bien plus que ça. Même lorsque les moyens manquaient ou que le temps nous faisait défaut durant la semaine, le dimanche était le jour où l’on se préparait à bien manger. Le dimanche en Haïti a sa propre couleur.


Le parfum du dimanche




Dès les premières heures, l’air se charge d’une promesse gourmande. les haricots mijotent déjà sur le feu. L’odeur des épices envahit le voisinage. Le crépitement du charbon de bois et l’odeur de la fumée s’élèvent dans la cour et se mélange à celle du café chaud que l’on filtre à la hâte. La cuisine du dimanche est lente, généreuse, presque religieuse. Le pilon frappe le mortier en bois avec un rythme régulier pour écraser l’ail, le piment et les épices. C’est le prélude du traditionnel diri ak pwa (riz aux pois) dont les effluves s’échappent par les fenêtres ouvertes et envahissent la ruelle.


Une bande sonore

Le dimanche en Haïti s’écoute autant qu’il se goûte. À mesure que le soleil monte, le silence du matin est balayé par les radios qui s’allument les unes après les autres dans tout le voisinage. Elles créent une cacophonie familière parfois réconfortante.


Soudain, une voix familière rassemble tout le monde. C’est l’heure d'un nouvel épisode d’Alcibiade. À travers les répliques piquantes et l'humour indémodable de ce théâtre radiophonique, le quartier s’anime. C'est une comédie qu’on connaît par cœur, mais on ne s’en lasse jamais.


Le dimanche a sa propre musique. Ce sont les émissions de radio, les chants de l’église au loin ou les publicités criardes d’un sirop miracle.


Le goût du partage


Le dimanche, la nourriture ne restait pas toujours sur une seule table. Une fois le repas prêt, il n’était pas rare de voir quelqu’un traverser la cour avec une assiette à la main pour l’apporter à un voisin, une tante ou une personne âgée du quartier. Les plats circulaient d’une maison à l’autre comme une preuve silencieuse de solidarité. On goûtait au riz d’un voisin, à la sauce d’une autre famille et chacun ajoutait sa touche à ce grand repas collectif. En Haïti, partager sa nourriture n’était pas seulement un geste de générosité, c’était une façon de dire : « Nou se fanmi. » Le dimanche nous rappelait que même lorsque les moyens étaient modestes, il y avait toujours de la place pour quelqu’un de plus autour de la table.


Le dimanche après-midi


Le dimanche après-midi avait aussi ses petits rituels. Une fois le repas terminé et la vaisselle rangée, on se préparait à sortir. Pour beaucoup d’entre nous, la destination était toute trouvée : le Champ de Mars. On y allait en famille, entre amis ou simplement pour profiter de l’ambiance. Les allées étaient animées, les enfants couraient dans tous les sens et les vendeurs attiraient les passants avec leurs appels familiers. Puis venait le moment tant attendu : acheter une glace. On la dégustait lentement sous le soleil de l’après-midi, en regardant la vie défiler autour de nous. Ce n’était peut-être qu’une simple glace. mais dans nos souvenirs, elle a le goût des dimanches heureux, de l’insouciance et des moments partagés avec ceux qu’on aime.


 
 
 

Commentaires


bottom of page